Silence



oui, nous devons entrer dans le silence de la terre
au cœur même de ce silence
la parole se prépare et se rassemble
elle rejoint ce que nous ne voyons pas encore
elle construit les mots qui nous deviennent
et que nous devinons parfois
elle sera plus haute que la danse de l’oiseau
quand il s’est confondu avec le vent
elle sera plus éclatante que la lumière
quand elle aura uni le jour et la nuit
elle ne saura plus ce qui meurt
elle sera seul ce qui demeure




Thierry-Pierre Clément
Approche de l’aube, Ad Solem

Secret du poète



Je n’ai pour amie que la nuit.

Avec elle, toujours je pourrai parcourir
De moment en moment des heures, non pas vides,
Mais un temps que je mesure avec mon cœur
Comme il me plaît, sans jamais m’en distraire.

Ainsi lorsque je sens,
Encore s’arrachant à l’ombre,
L’espérance immuable
A nouveau débusquer en moi le feu
Et le rendre en silence
A tes gestes de terre
Aimés au point de paraître, lumière,
Immortels.




Giuseppe Ungaretti
Vie d’un homme, Gallimard

Lumière d’Athos



Entre ses doigts noués de vieillesse
fatigué mais serein
maille à maille le moine égrène
son chapelet de laine noire

Par dizaines par centaines
il murmure ses prières
soir et matin
espère
le salut du monde
– et celui de son âme incertaine.




François Debluë
Poèmes de l’Anneau d’Or, Editions Empreintes

Juste le silence



Juste le silence

rien de plus

peu importe
la couleur du ciel
la fraîcheur de l’aube
la course des secondes

Juste le silence

rien de plus

à la lisière de l’instant
en bordure de page
sur le fil de l’horizon
au bout des doigts

Juste le silence

rien de plus

pour que vive
malgré l’agitation et le bruit
dans la chambre du cœur
la paix cristalline




Renaud Rindlisbacher
Anthologie de jeunes poètes suisses romands
www.youngpoets.eu

L’invisible



L’invisible miroite.
Se voile et se dévoile.
Se fait caresse,
pastel ailé de brumes roses au matin,
sur le blanc des cimes.
Mais la matière,
paroi de roches dans son évidence abrupte,
mais la montagne
elle aussi est agenouillée dans le mystère.

Et c’est toujours le même tremblement.




Janine Modlinger
Beauté du presque rien, Ad Solem